Dimanche 25 mars 2012

Note de presque été

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L'ambiance chaude du week-end m'a revigorée. Il s'est étiré en longueur, en douceur, et n'a pas débuté par une course effrénée. La journée de samedi était merveilleusement douce. Je l'ai passée la fenêtre grande ouverte. J'ai laissé le ciel bleu s'évaporer dans la petite pièce et éclabousser les murs blancs de mon appartement. J'aime plus que tout cette lumière, pure, claire et éclatante. J'ai enfilé un pull en coton, j'ai vagabondé les jambes dénudées et j'ai bu des dizaines de tasses d'un thé à la menthe très sucré. J'ai failli disparaître, lovée dans les coussins moelleux. J'ai grignoté des crudités et dégusté des salades de fruits: bananes, pommes, fraises, kiwis. J'ai jubilé de me sentir plus libre, plus légère. C'était une journée de couleur blanche, simple et sans superflu. Une journée durant laquelle on se laisse bercer, et où l'on ne conserve que l'essentiel.
 
Je crois qu'il faut laisser de la place pour ces bulles d'air où l'on peut respirer, s'octroyer des parenthèses où il est possible de reprendre son souffle, enfin. Le tout en noyant les impératifs de la vie sans culpabiliser. Si tel est le cas, on feindra de ne pas entendre cette petite voix de mélancolie si familière lorsque le week-end touche à sa fin. C'est un petit vague à l'âme, une tristesse diffuse, qui nous traverse et nous ramène à l'enfance. C'est toujours un peu angoissant cette veille du lundi matin mais c'est également une peur délicate et rassurante qui me renvoie à mes appréhensions de petite fille, quand j'avais huit ou dix ans. Je repousserai alors très loin la petite voix et je profiterai de chaque instant parce-que le soir venu ce sera déjà fini.

Hier soir, je me suis brusquement souvenue d'une personne qui m'a demandé quel pouvait être le but de sa vie puisqu'elle allait mourir jeune. Je savais que cela n'était pas comparable mais je me suis sentie un peu ridicule et toute petite. Oui, démunie et minuscule. Si minuscule face à cette personne parfois découragée mais par dessus-tout remplie d'envie de vivre et d'en découdre. Cela m'a un peu bouleversée. Parce-qu'au fond, qui peut se prétendre différent de cette personne ? Quelle confiance peut nous envelopper et nous rassurer ? Quelle certitude peut nous bercer, nous consoler ? Il faut regarder vers l'avenir mais surtout vers le présent, en savourer chaque instant, chaque minute, chaque seconde, garder chacune des précieuses, si précieuses, perles de vie qui nous est offerte. Je crois qu'à cet instant, j'ai éprouvé une immense gratitude de me sentir vivante. 

Ce qui est de valeur, c'est l'essentiel. Ce qui prime sur tout, c'est la vie.

Mercredi 14 mars 2012

Intérieur nuit

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J'ai passé la journée la fenêtre grande ouverte. La lumière s'est engouffrée dans la pièce. J'ai mis de la musique troublante, envoûtante. J'ai fermé les yeux. J'ai senti l'air frais sur ma peau et tout m'a semblé comme mis à neuf, plus clair, plus blanc, plus pur. J'ai éprouvé une immense gratitude devant la vie qui demeurait. Je me suis sentie lumineuse, reconnaissante de contempler ce monde qui s'éveillait, enfin. Je m'en éblouissais, je m'en émerveillais. Ainsi, le printemps allait réellement revenir. Dans quelques semaines, on aura oublié le froid, la gelée le matin, la dureté de l'hiver. On respirera l'odeur légère des fleurs, on retrouvera le goût des fruits sucrés, on savourera quelques fraises ou framboises, on enlacera un verre blotti dans la douce chaleur du crépuscule et on trinquera à l'avenir, aux étoiles. 

Les paupières closes, j'ai imaginé tout ça. La vie qui renaît me fascine, car oui, elle finit toujours par renaître. Il a soudainement fait moins froid, moins vide à l'intérieur de moi, le vide avait cessé de hurler. J'ai laissé toutes les peurs, toutes les angoisses, s'échapper vers l'infini ciel bleu que rien ne semblait pouvoir troubler. Peut-être qu'avec le temps, les images du passé se déforment, puis se brouillent, puis s'effacent, parce-que tout nous échappe sans cesse. Elles se perdent, se noient dans l'encre du ciel d'une manière si simple que c'en est déconcertant. Chaque jour on perd davantage de sa vie d'avant mais qu'en est-il de celle d'après ? J'aimerais garder certains instants, certaines images, les serrer contre moi, les étreindre de toutes mes forces pour les retenir comme j'ai voulu, ce jour-là, retenir celui que j'avais aimé. Sans y parvenir.
 
Les gestes, les paroles, les corps, les êtres finissent par se teindre de brume, viennent à disparaître et je n'ai jamais eu si peur d'oublier. La seule certitude qui demeure c'est que ces moments aient existé quelque part et qu'on en ait connu le bonheur. C'est pour cette raison que je continuerai de les contempler, de m'en émerveiller. Je les détacherai de tout, du temps, je les ferai vivre afin qu'ils respirent dans l'infinité de la vie, dans sa profondeur, son vertige, dans ce qu'elle a  d'irrévocable et d'éternel.

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Dimanche 4 mars 2012

Brèves de dimanche

La semaine s'est estompée vite, si vite, je ne l'ai pas vu filer. Les minutes, les jours s'égrènent en quelques respirations, toujours plus rapidement. J'aimerais que parfois le temps suspende un peu son vol, qu'il y ait une autre fragrance dans l'air, une odeur de vacances d'été, un parfum fruité, une note poudrée vanillée. Une parenthèse enchantée dans laquelle des rêves de ciel émaneraient de ce que j'avais oublié, de ce que j'avais perdu, enfoui. 

Mardi, je me suis assise dans le jardin une poignée d'instants. J'avais oublié la sensation du soleil qui chauffe doucement les mains, les bras, les épaules. J'avais les pommettes rougies et le sourire aux lèvres. J'imaginais la mer, les embruns, la musique des vagues. Mon atmosphère embaumait l'océan, l'océan prenait vie sous mes paupières et à l'intérieur du cœur. C'était si agréable, si doux. C'était une gourmandise légère, délicate, savourée avec bonheur. Un moment de liberté, infime, minuscule, qui enveloppe, qui envole, qui rendrait chaque personne plus sereine, plus lumineuse. Il suffit d'ouvrir grand les yeux pour s'apercevoir que la vie est déjà peinte de couleurs pastel, des couleurs douces, claires et veloutées. J'ai senti la venue proche du printemps à travers toutes ces couleurs qui se réveillent.

Je m'efforce de ne pas penser à lundi. Sans trop savoir pourquoi, les débuts de semaine marquent en moi un petit pic d'inquiétude, d'angoisse. Je les sème alors, je les repousse du mieux que je le peux. Je me suis levée tôt et je me glisserai à nouveau sous les draps toute à l'heure. Je profiterai du vide, du silence feutré du dimanche matin, ce silence si apaisant dont je me délecte avant que la vie me rattrape. Même s'il file toujours un peu trop vite, je crois que le dimanche est un jour moelleux, imprégné de douceurs, le seul où l'on peut vraiment savourer l'instant, étirer le temps et mettre tout ce qui nous entoure entre parenthèses.
 
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Mercredi 15 février 2012

Adoucir sa vie

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Il n'est pas tout à fait 7h, j'ai le corps engourdi de sommeil. Je me suis levée en avance. La vie n'a pas encore repris. Elle ne s'est pas défait de ses rêves, elle s'éveille doucement, pas à pas, sans se presser. Quelques étoiles résistent à l'aube qui se profile et scintillent dans l'immensité nocturne. Je savoure les derniers instants de calme, de silence et d'obscurité de la nuit. J'y suis plus attentive, plus réceptive. J'ai la sensation d'en ressentir plus intensément les battements. Je beurre deux ou trois tartines, je bois une tasse de thé fumant pour me réchauffer, j'ai le goût du sucre dans la bouche et cela me réveille en douceur. Je me sens sereine et entière, je prends de respirer.

D'impatience, je frémis. L'aube est là. La matinée vient tout juste de commencer et la nuit se retire peu à peu, elle s'efface tendrement pour lui laisser sa place. On peut souffler avant que la vie ne reprenne son cours, on peut se permettre de croire un peu plus que d'habitude, d'y croire fort, très fort. L'aube est l'instant de tous les possibles, de toutes les promesses. Dans quelques minutes la nuit aura complètement disparu. Il est maintenant grand temps de faire vivre ses rêves, de leur permettre de grandir, de respirer, avant que l'obscurité ne les emporte et ne les engloutit. 

Je me suis souvent demandé quelles étaient les manières de rendre son quotidien un peu moins rude, d'adoucir sa vie. Celle qui me semble la plus juste, la plus essentielle, est de commencer par se donner le droit d'espérer, de rêver, de s'émerveiller. J'ai besoin de rêves pour respirer. J'ai besoin de leur chaleur rassurante, de les enlacer, de les serrer très fort et de les faire éclore. J'ai besoin des rêves et de leur lumière, qu'ils soient le fil conducteur de ma vie.

Je crois que c'est de cette manière-là que devraient commencer toutes les journées.

Lundi 13 février 2012

Une parenthèse de bonheur

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« Pour lutter contre les envies de fondre en larmes, il faut se raccrocher du mieux que l'on peut à de petites évidences.» J'avais écrit cette phrase dans le train, la première fois que j'ai pris la poudre d'escampette. La toute première fois que je m'improvisais hirondelle pour une poignée de jours. C'était il y a tout juste un an et à présent que la boucle des " un an " s'est refermée, je n'en reviens toujours pas des épreuves, des pleurs, des peines, des obstacles, de la rage, de la colère, de la tristesse, intense, immense, qui dévorent, qui ravagent; de ce gouffre dans lequel je me suis oubliée et de cette belle remontée. Non, je ne parviens toujours pas à réaliser à quel point j'ai vécu, combien je me sens vivante, si vivante.

Ces petites évidences qui m'ont aidée. Elles accompagnaient mes rêves et les protégeaient de la vie, comme une musique de nuit brodée sur le coton de l'oreiller afin de se rassurer dans l'obscurité, qui apaisait les pleurs et consolait les blessures. On devrait tout le temps se laisser bercer d'évidences, même minuscules, qui adoucissent le quotidien et démêlent les nœuds dans le ventre. Des petites merveilles pleine de douceur, aussi réconfortantes qu'un chocolat chaud alors qu'il fait si froid dehors. Un bonheur sucré qui réchauffe les cœurs.
 
Il faut s'accorder un moment pour les petites évidences, les plaisirs simples, s'octroyer une parenthèse de bonheur ouatée, brumeuse, pendant laquelle on oublie les impératifs et la dureté de la vie. Parfois, je m'enveloppe dans un film très doux, je vais découvrir une mignonne petite boutique, j'achète quelque chose d'inutile mais d'indispensable, je grignote des cookies tout chaud et savoureux, je bois une tasse de thé aux parfums délicieux, je savoure une poignée de fraises ou de framboises gourmandes, je découpe des nuages en papier, je les colle sur les murs blancs immaculés de mon petit chez-moi, je noircis les pages d'un nouveau moleskine, je me love dans les doux mots d'un roman enivrant, j'applique un rouge à lèvres d'une très jolie couleur, je mets très fort de la musique qui fait frissonner . . . je fais le vide. 

Maintenant je souffle, je respire. Je ne pense surtout pas à hier et encore moins à demain.

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